Ehi bhikkhu !
Un peu de sang
Dans le réservoir
De ta safrane
Ta télé t’abreuve d’images
Tu t’abrutis des exploits décatis
De trente hommes-sandwichs
Au service d’un parti politique
Tu confonds la France et l’UMP
A Rangoun, un autre match
Un peu de sang
Dans le réservoir
De ta safrane
Tu prépares ton week-end
En toute franchise médicale
Ton bouclier fiscal protège tes euros
Tu ne sautes pas par la fenêtre
Quand la police sonne à ta porte
A Rangoun, les portes fracassées des monastères
Un peu de sang
Dans le réservoir
De ta safrane
Pour tes prochaines vacances,
La Birmanie, ses vieillards cacochymes
Qui dorment tranquilles
Ses bonzes qui méditent en prison
Le journaliste japonais Kenji Nagai
Abattu pour l’éternité par une balle perdue
De plus en plus de sang
Dans le réservoir
De ta safrane
Manifester pour un peu de riz
Pour une démocratie piétinée
Mourir pour une douzaine d’œufs
Pour cette essence couleur safrane
Couleur du sang des bonzes
Du sang des pauvres parmi les pauvres
Change de chaîne !
Toujours plus de sang
Dans le réservoir
De ta safrane
« Ehi bhikkhu, Viens moine »
L’appel de Bouddha
Retentit encore.
Un lot de toges monastiques
Un bol à aumônes
Un repas par jour
Un abri pour la méditation et le repos
Et la nécessité terrible de quitter la forêt
Pour manifester, pour témoigner
Le Vinaya
Tu t’arrêtes faire le plein
Le sang des moines
Du peuple birman
Coule dans les veines
De ta safrane …
Dominique Friard.