Eugène Guillevic

Eugène Guillevic

 

« Eugène Guillevic a signé son œuvre de son patronyme. Malgré une longue et absorbante carrière dans l’administration, un engagement jamais démenti dans divers secteurs sociaux et culturels, c’est à « vivre en poésie » qu’il se consacre. Son écriture s’épure tout au long de sa vie pour devenir « sculpture du silence ».

 

Le poème
Nous met au monde
Art Poétique

 

La première saisie de l’être et des choses offerte à Guillevic (Eugène Guillevic a signé son oeuvre de son patronyme) fut celle du silence, de la présence des alignements des mégalithes de Carnac où, nous dit-il : « il apprit à marcher ». Marqué à vie par sa naissance en ce lieu de préhistoire qu’il va célébrer dans Carnac où, après Terraqué, s’ouvre et souffle toute l’ampleur de sa voix, Guillevic entre en poésie dès son enfance, hanté par l’injonction de faire entendre l’écho d’un langage originaire.

 

Tout vient d’ailleurs,
De plus ancien que lui,
De plus enraciné,

Apporte les étapes,
L’origine parfois.
Inclus

 

Malgré une longue et absorbante carrière dans l’administration, un engagement jamais démenti dans divers secteurs sociaux et culturels (défenseur des droits juridiques et sociaux de l’écrivain, ambassadeur de la poésie française, entretiens dans les revues, à la radio et à la télévision, important travail de traducteur, président de l’Académie Mallarmé), c’est à « vivre en poésie » que Guillevic se consacre jusqu’à son dernier souffle. Ainsi écrit-il le 1er janvier 1995 :

 

La poésie, c’est la recherche
Passionnelle et comblée

De quelque chose que l’on sait
Ne jamais atteindre.
Présent

 

Marquée au cours des années cinquante par un esprit militant, son œuvre s’en dégage et se caractérise par une exemplaire liberté créatrice. Elle s’épure jusqu’à devenir « sculpture du silence ». S’exerçant à « tout rendre concret, palpable » dans un univers, pour lui, sans hiérarchie, Guillevic est avant tout habité par la nécessité intérieure, non pas de se dire ou de dire le monde, mais d’en inscrire l’équation dans un langage qui pénètre et révèle l’instantané insaisissable de l’être au cœur de l’immuable de la matière. Préceltique et héraclitéen, il appartient aussi à l’avenir post-quantique dans sa quête d’un « monde [qui] se résume sans se réduire » ainsi qu’il le dit à la femme aimée (Trouées). Qu’il dialogue avec la pierre, la mer, l’arbre, l’herbe, ou l’étoile, Guillevic creuse en lui à la recherche de l’essence du sacré. Il en renouvelle la notion tout en conjuguant humour et rigueur mathématique pour mieux cerner l’indéterminé.

Illustrée par Dubuffet, Léger, Manessier, Bazaine et tant d’autres, traduite en plus de cinquante langues, son œuvre est mise en musique par un nombre croissant de compositeurs."

Monique Chefdor

agrégée d’anglais, docteur de littérature française et comparée


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Texte publié sous l'autorité scientifique du Haut comité des Célébrations nationales, placé sous la présidence de Jean Leclant, secrétaire perpétuel de l'Académie des inscriptions et belles-lettres.

Renseignements auprès de la direction des Archives de France : 01 40 27 62 01

 

 

Dernière mise à jour de cette page le 31/10/2009