H1N1
Peur.
La vie me fait peur.
Peur.
Un rayon de soleil, rapide, fugace.
Une bouffée d’air.
On meurt.
La vie ?
Je l’ai prise en grippe après un séjour au Mexique.
Un voyage touristique payé d’un dur labeur.
La grippe ? Le salaire de ma peur.
Mexiiiiiiiiiico, chantait Luis Mariano ….
Mexiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiico, tu parles.
Je ne veux pas savoir ce qu’ils m’ont refilé comme saleté de maladie.
La peur m’agrippe la vie.
Chaleur, sueur, stupeur, peur surtout.
La vie me fait peur.
La vie me cuit.
La vie me fait chaleur.
Pas d’atout dans la manche mais la toux qui s’épanche.
Je postillonne à trois mètres.
On a passé ma vie au détecteur de chaleur qui s’époumone à l’aéroport.
J’ai une aéropeur …
Fièvre, torpeur, chambre d’isolement, de quarantaine à la cinquantaine.
La vie m’éternue …
Masque obligatoire …
Quarantaine …
Cinquantaine …
La vie me fait peur.
De grands frissons, mes dents qui claquent, je la sens venir.
Courbatures.
Tamiflu in vitro.
Pas de nouvelles de mes rares amis.
La vie pandémie.
La vie pas d’ami.
Trente trois millions de traitement antiviraux et moi et moi et moi qui ne réponds pas.
Deux milliards de masques achetés, cachés dans un paradis masqué.
Deux milliards de masques chirurgicaux en guise de parachute doré.
Ma vie de golden boy me fait peur.
Le trader digest ou la night fever.
Il faut miser camarade.
Il faut miser pour finir au trou.
Rejoindre dans les catacombes les os entremêlés des zélés de la révolution, de la réaction, du libéralisme.
Tamiflu.
Flux et reflux.
Tu craches, tu postillonnes.
En vain.
Ma vie de solitaire me fait peur.
No futur !
Moralité papale : « Tu baises, tu baises pas, tu crèves quand même ! »