Je t’écrirais avec l’eau pure
Pour dissoudre ces nuages
Qui s’accumulent parfois en nous,
Je traverserais le granit, le calcaire et l’argile.
Je me ferais neige dans la montagne.
Je serais gouttelette imperceptible.
Je t’écrirais avec l’eau pure
Pour peindre un sourire sur ton visage.
Pour chasser la fatigue des jours
Pour ôter ces rides qui tendent notre amour,
Je serais l’eau qui s’enfuit sous l’ombre des trembles,
Je ferais ployer les herbes serpentines
Et frémir les joncs de mes îlots.
Pour un sourire des tes yeux verts
Je t’écrirais avec l’eau pure.
Mes mots seront une berge fleurie
Nous nous y étendrons au soleil
En rêvant de paresse tendresse.
Je serais un sentier sinueux que le flot borde.
Tu me liras à pas lents en rêvant au fil de l’eau.
Je t’écrirais avec l’eau pure
A l’abri d’un rocher.
Mes mots seront une cascade
L’amour s’y écumera, tout près de ta source bouillonnante.
Pour te rassurer, d’un regard
Femme inquiète, femme que j’aime
J’irais boire à ta source
Je me laisserais aspirer par le filet d’eau, caché, l’alpha
Qui m’attire irrésistiblement.
Je veillerais auprès de ta fontaine
Je dormirais auprès d’elle qu’elle soit flaque entre les joncs
Bouillonnement dans le sable
Jaillissement modeste entre deux pierres
Ou bruissement d’une fissure de la roche.
Je t’écrirais avec l’eau pure.
Je jonglerais avec les paillettes de mica ou de quartz
Qui montent et descendent et tourbillonnent.
A l’ombre des arbres, je t’écrirais avec l’eau pure.
Que tu sois naïade ou nymphe, j’attendrais l’obscurité
Pour cueillir ton reflet.
Je t’écrirais avec l’eau pure
Avec le clair saphir
Avec le regard limpide
D’une tendresse immémoriale.
Pour te montrer mon amour,
Pour te le chanter encore et encore
Je m’essaierais à la transparence
Je deviendrais innocence,
Je coulerais de roches en débris
Je laverais les végétaux en putréfaction,
Je me chargerais des restes impurs des animaux et des hommes
Je t’écrirais avec l’eau pure
Avec l’air condensé
Je t’écrirais mes reflets changeants,
Mes bouillonnements soudains,
Mes rides et mes cercles concentriques,
Les contours flous des pierres immergées.
Et si tu vois dans le miroir un visage fatigué
Se réfléchir
Ce ne sera pas le mien.
Je t’écrirais sur l’onde pure.
Pour te retrouver, j’irais dans la profondeur des bois
Sous l’ombrage mystérieux des chênes,
Tu serais mon Egérie, je serais Numa Pompilius.
J’avancerais vers ta grotte sacrée.
Belle, tu seras pour moi.
Avec ta robe ourlée d’écume,
Tes voiles irisées.
Le murmure du feuillage
Ta voix cristalline
Me seront un doux chant d’amour.
Je t’écrirais avec l’eau pure.
Je t’écrirais avec l’eau pure de ces ruisseaux
Qui dévalent des montagnes.
Je tremperais ma plume dans le Buëch
Qui, chaque hiver déborde à gros bouillons.
Je t’écrirais avec l’eau pure de la Durance
Qui court le long de l’autoroute.
Je t’écrirais avec l’eau pure
De la Bonne qui serpente
Le long de l’avenue George Pompidou,
A Gap.
Je t’écrirais avec l’eau pure
Du Bonheur qui bramabiau dans ces Cévennes
Que j’aime tant.
Pour te susurrer quelques mots de tendresse
Quelques mots chaleur pour réchauffer ton cœur
Je t’écrirais avec l’eau pure
De la stalactite qui sculpte un pilier de glace
Sous le toit du garage.
Je t’écrirais avec l’eau pure de ces ruisseaux
Qui lavent mon pays et l’ensemencent.
Mon amour est cette eau pure
Qui dévale de nous
Qui baigne notre quotidien
Et chante la vie qui résiste
Envers et contre tout.
Ton amour est l’eau pure
Qui me régénère et me donne
L’énergie d’avancer, d’aimer et de croire.
D.F.