L’amant exilé
Sans ton sourire, je suis en exil.
Je me réfugie dans l’imaginaire
Ce bourreau des amants séparés.
Suspendu à ma bouée, je te rêve.
L’exil a la couleur de tes yeux.
De noirs corbeaux bègues cortègent jusqu’au crématorium
Le glas résonne, lugubre, jusque dans ma mâchoire.
Ô Sigmund, mes os ne sont que douleur.
Je n’entends plus que du vide qui s’entrechoque.
J’invoque ma grâce, un papier de retour.
L’exil a la couleur de la neige.
Il n’en finit pas de fondre.
Ses stalagtites sont des poignards
Qui perforent mon cœur engourdi.
Un froid glacial, antarctique, envahit l’univers.
Une conjuration de crécerelles
Abolit le temps. La marche morose des secondes
Egrène des regrets d’arrière-monde.
Je jetterais des poignées de sel de Guérande sans me retourner.
Ma cécité ne te transformera pas en statue de plomb.
A grandes enjambées, j’avance vers toi.
Le suicide des sangsues suisses suscite l’exil.
L’absence n’est qu’une invention livresque,
Je sais des passerelles qui font communiquer des gouffres.
Le siècle agonise et nous ne survivons
Que d’agapè.
Les banderilles de l’exil me réveillent.
Je sens la poésie comme un prurit.
Dans la marge, les insectes tricotent des gambettes,
Impatients de maculer l’écran.
Je brode quelques phrases éparses
Pour assassiner le temps qui m’assaisonne.
Les lamentations de l’amant solitaire
Tournent à l’impasse.
L’exil contemple ce qui fut
Et qui sera.
Il suffit de retrancher le présent,
De l’effacer,
De l’anéantir pour vivre repu, heureux.
Le poème,
Unique refuge au temps qui fuit.
D.F.