L’espérance
En ce temps-là, j’habitais le silence.
Ma vie n’était qu’une longue patience.
Je naviguais à l’estime entre deux écueils :
L’amour et la colère. Quel bel accueil
Pour ces femmes qui n’étaient que cohue,
Bavardages, caquètements et tohubohu !
J’avais la bouteille et l’alcool en fanfare.
Mon cœur était un lac peuplé de nénuphars.
La solitude me plongeait dans une terreur
Telle que mon lit titubait dans l’erreur.
Emporté par l’ennui, je n’étais qu’une feuille morte
Qui planait dans le pot au noir. Mon aorte
Charriait un sang plus noir, plus sombre que l’argent.
J’allais par le monde, par les femmes en me déchargeant
De ce fardeau de colère qui détruisait le moindre palais.
J’étais en amok, en moka, en kapok, un poison malais
S’insinuait en moi, désherbant chaque plante de mon jardin.
Je me voulais en révolution mais n’étais qu’un pâle muscadin.
En ce temps-là, je me prenais pour un velléitaire vieillard.
Mes propos désabusés, cyniques se voulaient égrillards.
J’avais oublié même l’amour, la bohème et leurs lois.
Tout au fond cependant, survivait le roseau qui ploie
Dans la tempête, aussi dur, impitoyable que le cristal.
Je vivais dans l’écart, la solitude, la présence distale.
Une nuit, une merveilleuse nuit, tu es arrivée, nue, de la Lune.
J’ai jeté mes oripeaux à la déchetterie et consulté les runes.
Les voyantes étaient muettes, l’amour exige le silence.
Alors, mon cœur, enfin vivant, s’est éveillé à l’espérance.
D.F.