La mer peut-être

La mer peut-être

 

Et nous marchions
Dans ce paysage désolé,
Vérolé,
Déserté par la vie.
Le sourcier exsangue
Secouait la tête
La panique au fond des yeux.
Depuis longtemps, le pays traversé se mourait.
Notre guide se souvenait
D’une nature luxuriante.
Les arbres aujourd’hui calcinés
Dressaient fièrement leur feuillage
Autour d’une clairière où les enfants se rassemblaient
Pour des jeux de piste.
Il avait encore au fond de la bouche
Un goût qui ressemblait à celui des fraises des bois
Il nous racontait les girolles qui peuplaient cette sente
Autrefois, les villageois se battaient pour des champignons
Les boletis edulis les rendaient fous.
Les plus endurcis d’entre nous sanglotaient.
Un goût, des odeurs inconnues
Des parfums que nous ne connaitrions jamais plus.
Nevermore.


Et nous marchions sur cette steppe brûlée
Par le soleil
Les carcasses rouillées de voiture inutiles
Abritaient lézards et scorpions.
Seuls les reptiles et les insectes dont ils se nourrissaient
Avaient survécu.
Elle était loin la douceur angevine
Dont les poètes de la horde parlaient encore.
La Loire avait disparu
Asséchée par la grande canicule de 2030.
Nous traversions les ruines
Des flèches dans nos arcs
Afin de prévenir l’attaque de quelques troglodytes
A demi-fous qui survivaient dans les décombres
De ce qui restait de notre terre.
Ce paysage désolé, ce pays qui agonise
Sans eau, sans espoir
Avait été un jardin
Des fruits avaient été récoltés
Des animaux avaient ruminé, là, où nous avancions péniblement
Sous le soleil que nos ardes peinaient à contenir.


Et nous marchions sans but
Dans un pays dévasté par la folie
Des hommes d’avant.
Et nous marchions afin de rester vivants
Afin de rester des hommes
Et de transmettre
A nos enfants le souvenir de la Grande Catastrophe.
Au bout de cette marche
La mer peut-être
La mer comme un rêve
La mer, loin de ce pays mort depuis longtemps.


D.F.

 

 

 

Dernière mise à jour de cette page le 03/12/2009