Le Poète
Il est passé mon frère, le poète,
Le temps a passé.
Les passants qui passaient
Ne passent plus.
Lui non plus, ne passera plus
Et pour temps
Il ne faisait que passer.
Mais pour eux, être passé
C’était être dépassé.
Il est passé mon frère, le poète
Pour eux.
Pour moi,
Il est présent.
Je l’avais rencontré au coin d’une rue
Et le temps a passé.
Comment ça s’est passé ?
Je ne sais plus,
C’est le passé.
Il était là.
Les passants qui passaient,
Passaient leur temps
Dans d’obscures maisons de passe.
Il était là.
Il traversait une mauvaise passe
Il n’avait pas de laisser-passer
C’était une impasse.
Alors,
Les passants,
Sur leur tête passe-partout
Ont passé un masque.
Ils passaient pour des passants
Ils passaient sur des passages cloutés
Ils passaient des coups de fil
Ils passaient leur vie en contrebande
Le poète le leur a dit.
Mais,
Ils étaient passés par de rudes épreuves !
Ca ne se passerait pas comme ça !
Il y a des choses sur lesquelles on ne passait pas !
Ils passaient des contrats !
Ils étaient passés par là
Avant que leur jeunesse ne passe.
Alors,
Ils lui ont passé un savon
Puis, ils l’ont passé à tabac.
Comme ils l’attendaient au passage
Ils l’ont passé au fil de l’épée.
Comme si c’avait été un passe-temps
Ils l’ont passé par les armes.
Il a vraiment passé un mauvais quart d’heure
Il est passé de vie à trépas.
Ils l’avaient mis au pas.
Mais,
Rien ne s’était passé pour le trépassé
Il avait simplement passé la mesure
En oubliant le mot de passe.
Oyez,
Passants qui passez votre temps
A réclamer
Des droits de passage.
Votre temps est passé
Il ne passera plus.
Hier c’est demain
Demain c’est aujourd’hui
Votre temps ne passe plus
Il est mort dans un tour de passe-passe.
Il est trépassé mon frère le poète.
D.F.