Noël en décembre
Nous n’avions pas réservé.
L’amour nous était tombé dessus
Sans s’annoncer.
Nous étions affamés.
Eros, plutôt sage pour une fois,
Nous avait indiqué une table
Qui semblait n’attendre que nous.
La musique était tendre comme la lumière de tes yeux.
A l’oustaou de la foun.
L’hiver, en ce soir de Provence,
N’osait nous saisir.
Il faisait doux, il faisait chaud
Dans cet univers où le jaune nous reposait.
Tes yeux pétillaient de tendresse.
Un soir de Noël en avance.
Nous nous offrions l’un à l’autre.
Nous nous mangions des yeux.
Nous étions deux amoureux
Et tu ne ressemblais à personne.
J’étais un voyageur qui pose ses doigts sur le menu,
Un mystère qui explore la carte du Tendre.
Insister aurait été harmonieux.
L’orage sortait de la brume,
Ses éclairs zébraient mon cœur
Presque trop grand pour moi.
Le viognier irriguait nos papilles.
Rires.
Noël était en avance.
Que nous disions-nous
Alors que nos portes et nos fenêtres internes explosaient ?
Des débris de colère s’étaient exilés, loin, si loin,
Du côté de Marrakech et de la place des ferblantiers.
Les cigognes de vingt-cinq ans de voyage
Avaient retrouvé des ruisseaux remplis d’appeaux enneigés.
Noël était en avance.
Tu me parlais, mon aimée.
Je t’écoutais, bouche bée
Le cœur en pilotage automatique.
Tu me racontais le golem.
Je n’étais qu’un glébeux
Découvrant celle que Dieu lui destinait.
Tu n’étais pas un fruit défendu.
L’arbre de connaissance nous laissait de marbre.
C’était l’amour.
Et même Dieu vit que l’amour était bon.
Noël était en avance.
Dans ma bouche amoureuse,
Tu tournais et retournais cette magnifique langue
Qui anime les amants réunis.
Noël était en avance.
D.F.