Petit matin
La baie des anges a été exorcisée
Par un prêtre roux à l’encensoir excisé.
Derrière la vitre recouverte de buée
Mon menton saturé de mousse à raser
Râpe comme un maffioso reconverti.
Dans le sens du poil,
Ma barbe grise ennuie l’aube azerty.
Le jour qui point dans le miroir
Se dépêche de me tirer le portrait.
De l’autre côté du miroir,
Pas très loin dans le lit, tu somnoles.
Tout chante dans cette salle de bain.
Dans mon cœur un fandango.
Il est des matins où l’amour triomphe,
Où la nuit est un souvenir tiède.
Il faudrait diviser son regard,
Arrêter le temps sur ce sentiment de plénitude.
Il faudrait le graver dans une anthologie,
Le ranger dans un coffret précieux,
Que l’on ouvrirait avec précaution
Quand d’indécents tracas
S’étalent dans la plaine enneigée.
Il faudrait garder cette peau d’amour là.
Refuser la desquamation
Que chaque pore de mon épiderme
Se souvienne de nos caresses.
Que la cafetière siffle en vain,
Que l’odeur du café torréfié
S’efface devant le parfum de l’amour.
Quelques gouttes d’amertume
Pour se brosser des dents
Qui ne seront plus jamais mal d’amour.
D.F.