Rappelle-toi Amélia
Rappelle-toi Amélia,
Tout le peuple des mal-réveillés somnolait dans le 208
Les plus énergiques plongés dans “ Ramsès II ” tournaient les pages.
Scène de banlieue
Matin quotidien
Grisaille des tours et détours
Trajets immuables.
Rappelle-toi Amélia,
Des larmes coulaient sur ton beau visage brun.
Une lettre froissée dans tes mains
Tu sanglotais.
Amélia,
Quelle tragédie tordait ton visage ?
Un chagrin d’amour toujours ?
Un coup qu’on tire au mauvais sort des illusions trop tôt perdues ?
Rappelle-toi Amélia,
Ces larmes qui inondaient le bus
Ce chagrin qui n’en finissait pas de couler
Comme la plainte des rebeu,
Des délaissés de l’économie,
Boucs émissaires
Des petits blancs,
Des gros rouges,
De tous ces frustrés,
Possédés par leurs voitures,
Leur magnétoscope,
Et tous ces objets inutiles
Qui assassinent la poésie.
Amélia, ne pleure pas tes années perdues.
Tu l’attendras ton beau mec.
Six mois de prison, c’est vite trépassé.
Prison pour prison
Ta tendresse,
Ta peine
Valent bien ces matins gris,
Ces tours grises dont
Il ne restera bientôt plus
Que le souvenir de tes larmes...
D.F.