Rappelle-toi Amélia


Rappelle-toi Amélia

 

 

Rappelle-toi Amélia,

Tout le peuple des mal-réveillés somnolait dans le 208

Les plus énergiques plongés dans “ Ramsès II ” tournaient les pages.

Scène de banlieue

Matin quotidien

Grisaille des tours et détours

Trajets immuables.

 

Rappelle-toi Amélia,

Des larmes coulaient sur ton beau visage brun.

Une lettre froissée dans tes mains

Tu sanglotais.

 

Amélia,

Quelle tragédie tordait ton visage ?

Un chagrin d’amour toujours ?

Un coup qu’on tire au mauvais sort des illusions trop tôt perdues ?

 

Rappelle-toi Amélia,

Ces larmes qui inondaient le bus

Ce chagrin qui n’en finissait pas de couler

Comme la plainte des rebeu,

Des délaissés de l’économie,

Boucs émissaires

Des petits blancs,

Des gros rouges,

De tous ces frustrés,

Possédés par leurs voitures,

Leur magnétoscope,

Et tous ces objets inutiles

Qui assassinent la poésie.

 

Amélia, ne pleure pas tes années perdues.

Tu l’attendras ton beau mec.

Six mois de prison, c’est vite trépassé.

Prison pour prison

Ta tendresse,

Ta peine

Valent bien ces matins gris,

Ces tours grises dont

Il ne restera bientôt plus

Que le souvenir de tes larmes...

D.F.

 


Dernière mise à jour de cette page le 19/10/2009