Si papa savait ça !
Le petit prince m’a dit,
Au creux de l’oreille,
Loin des courtisans,
A la langue sans pareille.
Le petit prince m’a dit,
A moi qui ne suis pas partisan.
« Quoi que je fasse,
Quoi que je dise,
On médit de moi.
Que je chasse
Ou que je m’aiguise
Le cognitif dans une fac de droit.
Est-ce de ma faute à moi
Si la valeur n’attend pas ?
Est-ce de ma faute à moi
Si j’aime mon papa ?
J’ai licencié le droit
Au profit du népotisme.
Chaque jour je croîs,
Ce n’est pas de l’autisme.
Le nombre des années n’est qu’excuse
A mes zéros de conduite.
Je pourrais me prélasser à Syracuse,
Me prendre des cuites.
Est-ce de ma faute à moi
Si je suis tissé de chromosomes
D’exception ?
L’hypersemence m’a fabriqué,
Je suis le nouvel homme.
Le secret de ma conception,
Les gènes imbriqués.
Je suis celui qui sait de toute hérédité.
Quoi que je fasse, je suis accrédité.
Nul ne prend ma défense
Que mon président de papa populaire.
Il ne regarde pas à la dépense.
Ses courtisans chantent l’air
De l’innéité du génie.
Comment voulez-vous que je nie ?
Que voulez-vous que j’y fasse
S’il m’aime et me comprend ?
Je suis né pour la lutte,
J’y montrerais ma classe,
Je m’y affuterais les dents.
Je suis né pour la lutte
Pour le combat pied à pied
Et tout m’est donné.
S’Il pouvait m’abandonner,
J’aurais le pied à l’étrier.
Je montrerais ma valeur
Dans un monde hostile.
Je me forgerais mon style,
Je ne serais pas un copieur.
Je me nommerais Strauss ou Bach
Tous m’applaudiraient
Même si je composais en play-back.
Que voulez-vous que j’y fasse ?
Je suis le fils du chef d’orchestre
Je connais la musique in utero.
Dans ce monde en strass
Les courtisans frémiraient
Si j’étais une gravure de mode rupestre,
Je ne peux qu’être leur héros.
Les trompettes de la renommée
N’attendent que moi.
Je suis le prince bien nommé,
Le fils du roi. »
Je m’apprêtais à éteindre la télé
Quand une voix descendit des ondes.
Pris d’une impulsion trop zélée,
J’ai entendu comme tout le monde :
« Celui-ci est mon fils bien aimé
Il fait toute ma joie. »
J’ai arrêté de fumer,
Et me suis passé une vieille chanson
De Sacha Distel.
« Quel malheur, quel grand malheur pour moi … »
D.F.