Une bougie perdue dans la nuit
J’étais une bougie qui palpitait dans la nuit.
A l’abri de la lumière, mûrissait le fruit
De ces jours de hasard et de nécessité.
Les coups de dés peuplaient sans bruit
Notre vie d’une nuit sans vague.
Il suffit de si peu de choses pour raviver le chagrin :
Un regard incompris, un cri de surprise.
Une plainte sourd de ton âme
Et m’explose au visage.
Tu m’es si singulière, mon aimée, que ma lueur vacille,
Le vent mauvais m’emporterait si ma flamme
Ne l’épousait.
Je suis une feuille morte,
Un frêle vaisseau que la rivière emporte.
Je suis le courant.
J’étais une bougie qui palpitait dans la nuit.
La cheminée crépitait dans tes yeux verts.
Notre chambre ouverte se prenait pour un palais.
Au jeu de l’amour, tes contes de Sharazade,
Me faisaient perdre la tête.
Une feuille somnolait sur l’imprimante.
J’y avais brodé mon cœur.
Je me prenais pour un pseudopode
Et m’étirais, m’étirais, m’étirais
Pour te rejoindre dans cette zone mystérieuse
Où naissait ta colère.
Les papillons de la nuit tricotaient des ailes
Et se nourrissaient de ce nectar.
Mon cœur est un vieil organe un peu lourd.
Il fait le gros dos quand tes colères l’assaillent.
Il attend qu’un sourire fleurisse de préférence
Au petit matin.
La Lune est bien trop grosse en cette nuit d’espérance.
Dans le cheminée, les vapeurs du bois
Parfument une frénésie amoureuse
Que je n’ose ici décrire.
Je suis une bougie qui s’assoupit au matin.
Je m’endors stuporeux, une fossette aux lèvres.
Le vacillement des ombres ne m’effraie plus.
Les fumées originelles ont été chassées
Par les diamants de la nuit.
D.F.